On lui doit l’une des plus célèbres photos de paparazzi, celle de Cécilia Sarkozy et Richard Attias, parue en une de Paris Match en août 205. Une photo qu’on revoit beaucoup en ce moment. Ces jours-ci, il est probablement du coté de Genève. Mais là, il est tranquillement assis à une table du Flore, paisible café de Saint-Germain. Sous sa veste (treillis militaire), un petit appareil photo (« j’en ai toujours un sur moi, évidemment »).
Son téléphone vibre toutes les 5 minutes. Il ya quelques jours, en pleine émission de radio, un SMS l’a alerté qu’un homme politique très, mais vraiment très célèbre, devait diner le soir même dans un restaurant chinois à la mode. « J’y suis allé, j’ai pris une table discrète, je l’ai vu diner avec une actrice mais ils ne sont pas repartis ensemble »). Les événements privés des grands responsables politiques et de leurs proches occupent d’ailleurs pas mal de son temps et de ses conversations ces jours-ci…
Pascal Rostain a beau être en promo pour la sortie du livre qu’il co-signe avec son complice de toujours, Bruno Mouron, il reste en état d’alerte permanent, toujours à l’affut d’une bonne info, celle qui mènera au bon cliché. Dans Scoop, les deux paparazzis (dont le premier livre a fortement alimenté le scénario du film avec Vincent Lindon et Patrick Timsit) racontent leurs tribulations, dévoilent certaines de leurs recettes pour décrocher les photos qui les ont rendus célèbres, de la première image jamais publiée de Mitterrand et Mazarine à celle de Cécilia et Richard à New York il y a deux ans, en passant par beaucoup d’autres. Il sont même à l’origine d’un autre document (Mitterrand sur son lit de mort), mais sur ce coup-là, il s’étaient fait doubler par un complice…
Assez décousu, trop vite rédigé, Scoop offre néanmoins un regard intéressant, même s’il est évidemment complaisant, sur une profession et des pratiques qui n’ont pas vraiment une bonne réputation. Rostain l’affirme haut et fort : « Je ne regrette aucune de mes photos, sauf peut-être des trucs un peu glauques sur des faits divers. Mais sur les people, jamais de regret.»
« Ce métier, si on peut appeler ça un métier, c’est d’abord du journalisme. Aujourd’hui, dans l’esprit du public, le paparazzi, c’est le mec qui va à Saint-Tropez filmer les bourrelets de Patrick Bruel. Je ne les juge pas, mais ça ne m’intéresse pas. Même si financièrement, il vaut mieux photographier Paris Hilton que le général Rondot. » Aujourd’hui Rostain préfère chercher le second, acteur gris d’un feuilleton incompréhensible, que la seconde traquée par tous les paparazzis du monde, professionnels et amateurs.
« Avec les téléphones et le numérique, il y a des millions de paparazzis. Sur un événement extraordinaire, comme les attentats de Londres, ils vont évidemment ramener des photos qu’on n’aurait jamais eues autrement. Mais pour le reste, la différence se fait sur le regard journalistique, sur l’angle, que l’amateur n’aura jamais. » Mais Rostain relativise son métier (« On ne sort une photo exceptionnelle qua dans un coup sur dix, quand le contre-champ ou le décalage paient vraiment ») et l’approche « gamine » qu’il en a : « J’ai 50piges, mais je prends mon pied lorsque j’arrive à me glisser dans la mairie du XIVè le jour du mariage de la desperate housewife et du basketteur. Il y avait une exclusivité blindée, mais je suis entré en racontant que j’allais renouveler mon passeport. Après avoir planqué à l’intérieur – 5 heures dans les chiottes -, j’ai réussi à faire des photos et puis je suis sorti en faisant un grand sourire à tous les photographes d’agence parqués derrière les barrières. Les mecs étaient verts. Moi, je ne reste jamais derrière une barrière. Au moins, je suis sûr que je n’aurai pas le même angle que tous les autres. » Tout sauf une photo ordinaire.
"Scoop" (Flammarion)
In Metro du 13 octobre 2007
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