Roman (ou film) choral : « histoire où plusieurs personnages s'entrecroisent, sans que l'un d'eux ne semble plus important que les autres. » Peu de villes se prêtent aussi bien à l'exercice que Los Angeles. On se souvient de Raymond Carver et de son bien-nommé « Cathedral » (publié en français sous le titre de « Short Stories » et magnifiquement adapté au cinéma par Robert Altman dans « Short Cuts »). Plus récemment, Paul Haggis avait su avec « Collision » (oscar 2005 du meilleur film) entremêler plusieurs destins dans un récit plein de cohérence. Avec ses dizaines de kilomètres, ses avenues, ses collines, ses plages et ses échangeurs routiers, mais surtout sa mosaïque inouïe d'individus et de communautés, Los Angeles est bien la scène chorale idéale. Leslie Larson le prouve à son tour en installant ses histoires et ses personnages autour d'un même lieu, l'aéroport de la ville. Elle fait ainsi de « LAX » le creuset des espoirs et désespoirs, des euphories et tristesses de ses cinq personnages.
Cinq « héros »
Dans « Connexions » se croisent des paumés ordinaires. Wylie est barman. Un type solide et blindé, invisible aux yeux de ses clients comme eux le sont à ses yeux (Larson raconte que l'idée du livre lui est venue lorsqu'elle a passé trois heures dans un bar similaire après avoir raté un avion). Sa vie est parfaitement réglée, mais sa compagne s'apprête à la bouleverser, plongeant Wylie dans tous les doutes. Son frère, Logan, est son exact contraire. Instable, il sort de prison, a besoin d'argent et s'efforce de ne pas retomber dans l'alcool et la drogue. Il tente de se raccrocher à son Wylie, mais aussi à Jewell, sa fille aînée, qu'il n'a plus vue depuis des années et elle-même en pleine tourmente sentimentale. Quant à Rudy, chef de l'équipe d'entretien des avions, il se rêvait pilote. Le jour où il perd son job, il le cache à son épouse Inez, avec qui il coexiste dans un pavillon d'un quartier miteux. Elle amasse lentement et secrètement un pactole en vendant des produits Avon. Son but : fuir un jour sa vie étriquée, emmener sa fille loin de LA et de Rudy. Mais la paranoïa de ce dernier va l'entraîner vers un acte de violence terroriste, qui précipitera en grande partie le destin de chacun des protagonistes.
Cinq « héros » à qui leur vie échappe en partie ou totalement. Si Leslie Larson démonte par petites touches le rêve américain, elle dresse surtout, et avec beaucoup de naturel, des portraits d'hommes et de femmes. « Quand j'ai commencé ce livre, explique-t-elle sur son site Internet, je voulais le centrer sur les rapports entre les gens et leur travail, comment celui-ci définit ce que nous sommes. Et puis, comme souvent, le projet m'a échappé, mes personnages ont pris une dimension tout autre que leur simple job, et j'ai tenté d'explorer leurs désirs, leurs aspirations, ceux avec lesquels on naît et qui ne nous quittent jamais. » Elle y parvient avec finesse et sensibilité, et ce conte subtil de gens ordinaires dans une ville anonyme montre que Leslie Larson est une écrivaine à suivre.
Croisements, de Leslie Larson. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Michèle Valencia. Editions 10-18, 432 pages, 14 euros.
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