Décidément, Michael Connelly aime brouiller les pistes. Los Angeles est sa muse de toujours, mais il vit en Floride et ne s'aventure dans la mégalopole californienne que pour y effectuer des repérages avant de rentrer écrire ses romans pleins de fureur dans le calme de sa maison de Tampa. Désormais un peu en marge du LAPD, Harry Bosch, son héros récurrent, n'est plus systématiquement le personnage central. L'avocat de la défense Mickey Haller, un autre de ses habitués, se retrouve pour une fois dans le camp du procureur...
L'un des maîtres du polar américain -et l'un des plus lus -s'amuse donc à casser ses propres codes et figures. Six ans après « La Défense Lincoln », il nous offre un nouveau thriller judiciaire. Haller en est le personnage central : un chapitre sur deux est écrit à la première personne. Sollicité par le procureur du comté de Los Angeles, il passe de l'autre côté de la salle de tribunal pour devenir avocat de l'accusation, représentant du peuple contre Jason Jessup.
Incarcéré depuis vingt-quatre ans pour le meurtre d'une fillette, Jessup a obtenu une révision de son procès. Haller est persuadé qu'il est coupable et s'adjoint les services de son ex-épouse comme assistante et de son demi-frère - Harry Bosch justement -comme enquêteur. Dans un procès ultra-médiatisé et face à un avocat de la défense redoutable, Clive Royce, dit « l'astucieux », l'équipe de Haller va élaborer une stratégie habile destinée à confondre Jessup, qui se comporte en victime devant la juge et parade devant les médias le jour, mais pratique d'étranges activités la nuit...
La machine judiciaire disséquée
Pour Connely, « Volte-face » est certes un roman de plus, avec ses clefs, ses astuces, sa technique narrative si personnelle. Mais il est aussi l'occasion de développer de nouveaux personnages -Madeleine, la fille de Bosch, prend petit à petit de l'ampleur -et de poser son oeil très acéré sur le système judiciaire américain. Ancien journaliste (il affirme regretter parfois, dans son calme bureau floridien, l'atmosphère bruyante des salles de rédaction), Connelly aime disséquer les univers institutionnels, de la politique aux médias. « Ce qu'il y a de passionnant avec les tribunaux, affirme-t-il dans une interview à "Paris Match", c'est qu'ils ressemblent à des rings de boxe où tous les coups bas sont permis. »
On peut faire confiance à l'ex-journaliste pour décrypter les moindres rouages d'une machine judiciaire qui se proclame la meilleure du monde, mais est capable de laisser sortir un coupable. Où tout tient souvent à un détail infime, que seuls l'habileté d'un avocat et le talent d'un enquêteur sauront révéler. Et on peut faire confiance au romancier Connelly pour bâtir en 45 chapitres une nouvelle saga, certes moins envoûtante que les premières enquêtes de Bosch, mais toujours aussi efficace.
Qu'on se rassure : au final, les bons gagnent et Harry Bosch reste le flic de coeur de Connelly, celui qui « ne [le] quittera pas jusqu'à [son] dernier souffle ». Dans ce monde de violence et de bruit, de perversité et d'angoisse, qui n'a pas besoin de vrais repères et d'une épaule solide sur laquelle s'appuyer ?
"Volte-face", de Michael Connelly
Calmann-Lévy
In Les Echos du 15/05/2012
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